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    AFRIQUE DES GRANDS LACS

    Les discours  de haine et les actes génocidaires  qui en découlent dans la région des Grands Lacs Africains  en débat à Bruxelles

    Jean Boole

    Le Centre  Communautaire Juif Laïc (CCLJ), dans le cadre  du cycle Prévention des génocides, a organisé le 12 décembre une conférence-débat sur le thème : « Discours de haine et des actes génocidaires dans la Région des Grands Lacs Africains».   L’avocat Bernard Maingain, membre du Conseil des victimes de la communauté Banyamulenge, des tutsi du Nord-Kivu et les Hema en Ituri était l’intervenant principal.

    Le Dr Felix Mukwiza Ndahinda, juriste spécialiste des questions identitaires, de justice  transitionnelle et des processus de paix et Félicité Lyamukuru, survivante du génocide des Tutsis du Rwanda et  co-autrice  de L’Ouragan a frappé Nyundo, ont participé aussi  à cette conférence-débat comme intervenants.  

    En introduction, M. Pierre Briant, le modérateur de la conférence, a commencé par ce constat : « après la commémoration de 30 ans sans justice équitable pour des familles Tutsi victimes de discours,  de haine et d’actes de génocide au Burundi (octobre 1993) et  près de 30  ans  après le drame du génocide contre des Tutsi au Rwanda, force est de constater  que les rhétoriques  racistes et la haine anti-tutsi n’ont pas disparu de la région. Exacerbée par la guerre  qui règne dans l’est de la République Démocratique du Congo, les discours  de haine raciale à visée  génocidaire  sont aujourd’hui extrêmement audibles et incitent les populations civiles directement impactées  par le conflit à trouver des boucs émissaires. Comment analyser et combattre ces discours ?  Quelles initiatives locales  pour battre en brèche ce « nazisme tropical » jamais expurgé ».

    Effectivement, les discours génocidaires prospèrent dans  la région des Grands Lacs Africains.  En République Démocratique du Congo, les cas qui nous concerne aujourd’hui,  ces discours de haine et ces actes génocidaires sont dirigés contre les  Banyamulenge au Sud-Kivu, les Tutsi du Nord-Kivu et les Hema en Ituri. En plus, ces discours  font beaucoup de dégâts en termes de pertes de vies humaines et de destructions de biens matériels, a affirmé l’avocat Bernard Maingain, qui a pris en premier la parole. Et  il a ajouté  que la collecte des informations  aujourd’hui se fait plus facilement, et que la parole commence à se libérer. Les actes génocidaires  qui découlent  de ce narratif de haine engagent la responsabilité des autorités congolaises.  Car ces  actes de barbarie inouïe sont tenus  en public par des responsables politiques congolais et des leaders d’opinion restent impunis. Ces propos et ces actes sont documentés avec des références par notre collectif.  Lui même, des lanceurs d’alerte et d’autres avocats à Kinshasa, à Bukavu, à Beni, en Ituri et  à New York, organisés au sein d’un collectif reçoivent en temps réel des témoignages, des documents, des images sur les atrocités commises  à l’encontre des Banyamulenge, les Tutsi du Nord-Kivu et les Hema en Ituri.. Quelques  exemples : « Les Tutsi congolais n’existent pas, nous allons les brûler vifs comme des viandes boucanées. Ils doivent retourner au Rwanda : en RDC, nous n’avons pas un  tribut tutsi… si vous voulez que vos frères  puisse  être tué, nous allons le faire, car notre pays est infiltré par le Rwanda. Pour votre information, vos marionnettes Kabila et Katumbi seront arrêtés ». Les paroles d’un militant pro-régime de Kinshasa dans le Masisi.

    Devant de tels propos,  l’hypocrisie du gouvernement et la complaisance de la justice congolaise sont incompréhensibles. Des ministres et hautes autorités du pays coupables des  incitations de massacres contre les Banyamulenge, les Tutsi du Nord-Kivu et les Hema en Ituri ne sont nullement inquiétés. Au contraire, ils donnent l’impression de jouir de la considération de la part de leurs citoyens. Et parfois,  ils  sont reçus en privé au sommet de l’Etat.

    Intervenant à son tour en duplex, à partir de Tilbourg (Pays-Bas), Felix  Mukwiza a établi un parallélisme entre les agissements des éléments des Forces  armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) appuyés par des milices pro-gouvernementales et les agissements des civils à l’encontre des Banyamulenge. Le discours officiel parle des agresseurs étrangers, des infiltrés dans l’armée congolaise qu’il faut chasser.  Sur le terrain cela se traduit par des massacres comme le lynchage, dernièrement à Goma, du  capitaine Kabongo GiSORE, de surcroît en présence des ses collègues. Et avant lui, c’était le major Kamizole à Lueba dans le  Sud-Kivu.

    Mais le juriste ne s’est pas limité  là. Pour le Dr Felix, les origines de ce narratif de haine qui est au fait la délégitimation des Banyamulenge et les Congolais Tutsi se trouvent dans les lois coloniales. Celles-ci avaient défini les communautés comme étant des autochtones, et automatiquement, il y avait des propriétaires des terres et les autres devenaient des immigrants et envahisseurs. Cela apporte, on le voit maintenant  de l’eau au moulin de certains Congolais qui s’illustrent dans la haine des Tutsi.  

    Dans la région des Grands Lacs, le narratif de la haine a un long passé, se souvient  Félicité Lyamukuru, née au Congo. Jeune fille, elle entendait ses copines de classe fredonner des chansons qui stigmatisaient les Rwandais, c’est-à-dire les Tutsi, selon l’entendement des Congolais. Ces jeunes chantaient que  les Rwandais ont rempli Katindo, un quartier de la ville de Goma et qu’ils devaient retourner vivre chez eux au Rwanda.

    Mais aujourd’hui,  Jean-Pierre Mujyambere a affirmé qu’à l’origine de ces discours de haine et ses conséquences sur les Banyamulenge  au Sud-Kivu et les Tutsi congolais se trouve l’absence de l’Etat de droit en République Démocratique du Congo.  Selon  ce juriste  congolais présent dans la salle, sous le régime de Tshsiekedi, la situation des droits de l’homme s’est fortement dégradée au pays. En plus,  le nettoyage de ces communautés est devenu monnaie courante,  et je crains que cela dure encore longtemps, car l’idéologie génocidaire est ancrée dans la société congolaise.

    C’est sur un ton de mise en garde que la conférence s’est terminée.Les Congolais  qui, hier ou aujourd’hui, excellent dans les incitations à la haine ethnique à cause du faciès et  ceux qui commettent des massacres  contre les Banyamulenge, les Tutsi du Sud-Kivu et les Hema en Ituri répondront tôt ou tard de leurs actes. Ces crimes au regard  du droit sont imprescriptibles.

    Jean Boole

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    • Jean BOOLE

      Journaliste de formation et analyste politique. Redacteur en Chef Africain Times. Fondateur et rédacteur de Yambola magazine, ancien journaliste du quotidien Salongo (RDC-Congo). Collaboration dans les médias belges et accréditation auprès de l’Union européenne.

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